Des millions de poissons serrés dans des bassins installés… sur la terre. C’est le genre d’usines gigantesques qu’on ne pensait pas possibles en France. Et pourtant, deux gros projets de fermes-usines de saumons sont dans les tuyaux : Pure Salmon en Gironde, et Local Ocean dans le Pas-de-Calais. « On est sur des projets complètement démesurés », a déclaré le 18 mars, lors d’une conférence de presse, la députée La France insoumise Anne Stambach-Terrenoir. Elle a porté la proposition de loi avec l’écologiste Damien Girard.
Prenez Pure Salmon. L’entreprise compte produire 10 000 tonnes de saumons par an en puisant 6 500 m3 d’eau dans les nappes… par jour ! Une eau qu’elle va progressivement saler au fur et à mesure de l’âge des poissons. En effet, dans la nature, le saumon commence sa vie en eau douce avant de la terminer en quittant la rivière pour rejoindre la mer.
91 kg de poissons par m3
En réaction, des députés allant des Insoumis aux Républicains ont déposé une proposition de loi, publiée le 19 mars sur le site de l’Assemblée, pour un moratoire de dix ans sur l’implantation en France de « fermes-usines » d’élevage de saumons en bassins.
« Ça avance ! », s’est réjouie l’association Welfarm, qui explique que ces usines « prévoient jusqu’à 91 kg de poissons par m³ ». Avec l’ONG Seastemik, elle avait lancé une pétition qui a recueilli 60 000 signataires.
Députés et associations s’inquiètent des problèmes écologiques que ces usines posent : consommation d’eau et d’électricité mais aussi rejet d’eaux polluées sur les côtes. Des pollutions qui pourraient avoir des retombées économiques. En effet, certains mytiliculteurs et ostréiculteurs s’inquiètent des effets de ces rejets sur leurs cultures. Par ailleurs, des eaux chargées en nutriments (les déjections des poissons) favorisent le développement d’algues vertes.
Une question de « justice sociale »
Mais un autre effet néfaste de ces élevages doit être souligné. Les saumons sont carnivores… Comment les industriels, qui vantent un saumon 100% local, comptent-ils les nourrir ? « En s’appuyant sur un modèle de production basé sur le soja, les farines animales et les huiles de poisson, ce projet accélère la déforestation et détruit des écosystèmes marins essentiels, mettant en péril la survie des communautés locales qui en dépendent. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu environnemental, c’est avant tout une question de justice sociale », avait dénoncé la députée écologiste Marie Toussaint.
Seastemik a calculé que « pour nourrir et élever un seul saumon d’élevage, il faut pêcher jusqu’à 440 poissons sauvages ». Et ce, souvent au large des côtes africaines, ce qui empêche les communautés locales de se nourrir.
Que pouvons-nous faire à notre échelle ?
- Mangez (beaucoup) moins de saumons ! Le saumon est la principale espèce de produits de la mer importée en France. Les Français l’adorent…
- Testez nos recettes de la mer… mais végétariennes, comme ces « Saints-Jacques »… sans Saints-Jacques !
- Suivez les actions des associations de défense des océans telles que Bloom.