Les loutres sont de retour ! Elles squattent de nouveau les cours d’eau français. Au début du 20ème siècle, il s’agissait d’une espèce commune. Mais menacée d’extinction à la fin des années 1980, elle a pâti, et pâtit encore, des activités humaines : chasse pour sa fourrure, pollution des cours d’eaux, destructions des habitats, absence de proies… (Cela rappelle l’histoire du castor !)
« La protection totale dont bénéficie l’espèce à partir de 1972 [interdiction de la chasse], les améliorations en matière d’assainissement des eaux et l’interdiction de certaines substances toxiques ont permis de stopper ce déclin dans les années 1980-1990», résume le Muséum d’histoire naturelle. Mentionnons également un classement en espèce protégée en 1981, puis deux plans d’action nationaux (2010-2015, 2019-2028).
« Il ne subsistait plus que quelques noyaux de population le long de la façade atlantique, en Bretagne et dans le Massif Central », dit Clovis Gaudichon, chargé de missions études et conservation au Groupe mammalogique breton (GMB), dans un article sur Nantes Métropole. À partir de ses derniers bastions, elle a repeuplé toute la moitié sud et ouest de la France, mais il faut rester vigilant car l’espèce reste vulnérable. »
Des ponts pour loutres
Certaines associations et départements mettent le paquet. À Carquefou, ville de Loire-Atlantique, Nantes Métropole aménage des passerelles sous les ponts routiers pour faciliter le passage du mustélidé ! En l’absence de berges, ou quand elle est contrainte par un barrage, elle est obligée de monter sur la route lors de courants forts et elle est alors sujette aux accidents. Les ponts lui permettent d’éviter ces accidents, d’agrandir son territoire et de faciliter la recolonisation des cours d’eau du département.
On ne devrait pas avoir de préférences mais… y a-t-il animal plus mignon ? Les loutres d’Europe, celles de nos contrées, ont un corps souple, allongé, qui se finit par une longue queue (un tiers de leur taille). Leur large tête est ornée d’un feu d’artifice de moustaches, qui leur permettent de détecter leurs proies dans l’eau.
« Grâce à la morphologie aplatie du crâne, les oreilles, les yeux et les narines sont sur un même plan, et ainsi la loutre peut entendre, voir et sentir ce qui se passe autour d’elle (et respirer) sans avoir à trop sortir la tête de l’eau, un peu à la manière d’un crocodile », écrit la Société française pour l’étude et la protection des mammifères.
Discrète, la loutre… Elle sort au crépuscule. Pour l’apercevoir, il faut s’armer de patience. Ou plutôt suivre sa trace. Les naturalistes pistent leurs crottes, qu’on appelle empreintes, et leurs restes alimentaires. Ces scientifiques installent aussi des pièges photo ou analysent l’ADN de l’eau !